Un peu de poésie dans ce monde de brutes, un peu de réalité dans la poésie !
20 Février 2012
Les temples hindous nous ont habitué à un érotisme de bon aloi. Les femmes sont belles, taille fine, hanches marquées, seins volumineux, les hommes sont beaux, ils ont du prestige et de la prestance. Les relations amoureuses traditionnelles, dans ce qu'elles ont de meilleur, sont représentées avec une joie et un plaisir évident.
Cet hédonisme sans complexe est déjà en soi une révolution pour un occidental baigné dans une culture religieuse des corps souffrants, torturés et rongés par le remord et le péché.
Seule, la vierge Marie vient apporter une note de calme sinon de beauté, dans cet univers de cruauté, de sang et de souffrance
On peut remarquer, sur cette représentation (XIIIe siècle, Gérone, Espagne) que Marie a également des seins artificiellement ronds et volumineux et que sa taille est fine et resserrée. On retrouve le même type de représentation féminine sur les temples de Khajuraho qui datent de la même époque !
Ce qui change, en somme, ce n'est pas le style, mais le contenu ! La sensualité n'est pas un tabou, elle est une force essentielle de la vie, donc de la divinité, elle en est son versant positif : EROS, face à son versant négatif : THANATOS. Les hindous, comme les anciens grecs (et beaucoup d'autres civilisations) n'hésitent pas à mettre en valeur cette face positive de la divinité et à l'exalter partour dans la statuaire de leurs temples, la plupart du temps d'une façon assez sage : un couple amoureux, qui se regarde avec tendresse, l'homme caressant gentiment un sein globuleux de sa compagne
Mais à Khajuraho, la dynastie Chandella, issue du clan rajpoute, a fait édifier 85 temples, entre 950 et 1050, dont une vingtaine subsitent aujourd'hui (les autres n'ont pas échappé à la furie iconoclaste des musulmans) qui sont un hymne radical à la sensualité et à l'érotisme. Les diverses formes du plaisir sexuel sont représentées d'une manière directe et sans complexe !
Un couple fait l'amour d'une façon acrobatique pendant qu'un homme et une femme les regardent en se masturbant ! En bas, entre les jambes du personnage masculin, un personnage féminin minuscule (donc de moindre importance) suit la scène avec intérêt.
De savantes personnes ont expliqué la représentation de ces figures sexuelles par des raisons mystiques : "l'acte sexuel représenterait la dernière étape d'un parcours yoga, c'est-à-dire l'union et le dépassement des polarités." Il y a sans doute une part de vérité dans cette hypothèse (surtout pour expliquer la sexualité des figures de groupe) mais le réalisme des représentations incite à penser qu'il n'y a pas que du mysticisme dans cet art !
(à suivre...)