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Le jeune garçon mordu par un lézard, 1594-95
Caravage a 23 ans. Il a beaucoup d’ambition. Il a quitté l’atelier du cavalier d’Arpin
qui lui a fait peindre des fleurs et des fruits. Il ne s’est pas longtemps contenté de cette situation subalterne auprès d’un peintre certes célèbre et brillant en son temps
mais superficiel.
Il va faire preuve de la maîtrise de sa technique, de l’originalité et de la profondeur de sa
réflexion artistique dans une œuvre étonnante : le garçon mordu par un lézard.
Comme dans le Bacchus malade, il se prend de nouveau comme modèle archétypal
(ce n’est pas la fidélité des traits qui est recherchée mais la création d’un modèle général) et se peint « dans le miroir » mordu par un lézard avec une
expression où se mélangent la douleur et l’effroi. On est à mille lieux de l’idéalisation fade et de la bienséance du maniérisme qui règne à cette époque. L’instant, dans ce qu’il a de plus démonstratif, l’émotion, est représenté ici. Elle, est saisie dans son moment le plus intense, mélange de douleur
et de frayeur. On dirait un instantané photographique avant l’heure !
L'enfant mordu par un lézard, 1594, (sur l'original les couleurs sont plus
vives)
A l’époque de Caravage, des images ou des contes mettant en scène un enfant mordu par un scorpion
ou un crabe, sont courantes. La douleur soudaine infligée par l’animal était souvent utilisée pour mettre en garde contre les pièges de la séduction, mais une chose intrigue, l’animal choisit, un lézard, n’est pas venimeux et ne s’attaque pas à l’homme. En utilisant un animal inoffensif au lieu du
scorpion, Caravage semble se moquer de cette admonestation morale. En même temps, il fait une allusion à une statue antique de Praxitèle redécouverte à Rome : l’Apollon
sauroctone. Un Apollon au déhanchement séducteur qui s’apprête à tuer un lézard.
Comme il le fera souvent, Caravage subvertit des images traditionnelles pour en faire une
approche nouvelle (dans le style du conceptisme poétique qui cherche des effets par des rapprochements inatendus). Mais son tableau n’est pas seulement destiné aux
esthètes. Il est susceptible d’une compréhension à deux niveaux. Apte à séduire autant les gens dépourvu de culture classique que les esthètes cultivés qui étaient ses
commanditaires.
Dans ce même tableau, Caravage, qui est un intellectuel et participe aux discussions sur l’art
de son temps, essaie de prouver que la peinture est un art encore plus complet que la poésie ou la littérature réunies ! Il fait une démonstration éblouissante de
pure technique picturale en peignant, sur un vase de fleurs, des effets optiques d’un réalisme saisissant. On voit ainsi une porte qui se reflète dans
le vase et des gouttes d’eau qui perlent dessus.
Caravage est-il un peintre figuratif dépourvu d’imagination et
qui ne sait peindre que d’après nature, reproche qu’on lui fera plus tard ? On pourrait se dire au premier abord qu’il s’agit d’une peinture réalisée
dans un style photographique alors, qu’en réalité, sa composition est pensée et fait de nombreuses références aux œuvres de l’antiquité et des grands maîtres du passé, Michel-Ange
et L de Vinci en particulier.
Certains affirment qu’il rassemblerait des modèles pour les faire
poser dans son atelier ? Cela est inimaginable quand on pense au 12 personnages de la mort de la vierge ou au cheval de la conversion de saint Paul ! Par contre,
il a sûrement dessiné d’après nature de nombreuses fois, même s’il ne nous reste aucun de ses dessins préparatoires (il entretenait ainsi autour de sa méthode une
sorte de mystère), puis il reportait ses dessins sur la toile en combinant les personnages et les objets. Les incises faites au manche de pinceau sur la toile servaient peut-être à
une première approche de la mise en place lors de la réalisation du tableau final ?
Un indice sur le tableau du garçon mordu par un lézard vient
conforter cette hypothèse : les reflets dans le vase d’eau sont parfaitement peints mais le point de convergence lumineuse que l’on devrait trouver au pied de la carafe est
absent. Oubli ?... Il est fort probable que les dessins préparatoires de la carafe n’en comportaient pas et que le peintre n’en a pas mis dans le tableau
final ?... Ce point de convergence n’est pas oublié par contre dans le repas à Emmaüs .
Signalons enfin qu’une deuxième version a été réalisée vers 1596, peut-être par
Caravage, en tout cas au moins sous sa direction. Contrairement aux deuxièmes ou troisièmes versions de ses propres œuvres que Caravage fera souvent en les améliorant, celle-ci
est une simple copie exécutée avec moins de soin que l’original.
Il s’agissait donc simplement de rentabiliser son travail. De ce point
de vue, on assiste avec Caravage, à la naissance de l’artiste moderne qui sait qu’il doit vendre pour vivre et pour créer. Il développe un style qui lui
est propre, qui est sa marque de fabrique, et le protège en contrôlant et limitant les copies et en défendant une sorte de « copyright » envers les
imitateurs, ce qui l’a amené, d’ailleurs, à un retentissant procès contre l’un de ses plagiaires effrontés, Baglione qui a gagné une fortune en s’accaparant la
« méthode Caravage ». Baglione, contre toute évidence, accusera Caravage de plagiat !
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merci de nous présenter ce grand artiste relativement peu connu, hélas car son talent est grand<br />
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merci et bonne soirée<br />
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