Un peu de poésie dans ce monde de brutes, un peu de réalité dans la poésie !
6 Avril 2009
Le 1er septembre 1939 à 4H 45 les troupes allemandes envahissent la Pologne. La Grande Bretagne riposte par une déclaration de guerre le 3 septembre 1939 à 13 H et la France, à 17 H. Après son service militaire (commencé en 1936, je crois) mon père est rappelé. Il est en garnison à RENNES. Il écoute anxieusement la radio, la « TSF » comme l'on dit à l'époque. Il essaie comme il peut de rassurer ma mère, mais on sent qu'il a plutôt la certitude que la guerre est inévitable. Elle sera déclarée deux jours plus tard !
Le 1er septembre 1939
Ma bien chère petite femme
Tout à l'heure je t'ai écrit mais je reprends mon crayon. Je viens d'écouter la TSF au foyer. La situation s'est bien aggravée puisque les boches se battent en Pologne et la mobilisation générale est décrétée chez nous. Pauvre petite Lulu je vois ta stupeur et, à Mallièvre, quelle panique ! Ma petite Lulu, j'ai peine à croire qu'une chose pareille puisse arriver ! Pendant que je t'écrivais des nouvelles circulaient, plus ou moins vraies, sur une médiation. Nous ne partons pas avant lundi prochain. Où ? je n'en sais rien. Tu écriras toujours à la même adresse, les lettres suivront. C'est une cohue à Rennes ! Ma Lucienne, mon trésor, que veux-tu, prenons notre courage à deux mains ! Je ne suis pas mal placé, nous nous retrouverons après la bagarre, et tu sais, je te reverrai mon petit lapin.... avec, bien sûr, un petit bisou qui sera moi et toi, qui te consolera...
Et puis que veux-tu, qu'est-ce qui va se passer ? Il peut bien y avoir du changement et il n'y a pas encore déclaration de guerre ! Dans ma chambre personne n'y croit mais malgré tout quelle anxiété ! Je n'y comprends plus rien ... Je ne sais quand je pourrai te voir... qu'est-ce qui va se passer ? Mon pauvre chérie, quelle vie nous avons quand même ! On est toujours sur le qui vive !
Ma Lucienne, mon trésor, du courage ! Moi j'ai bon moral. Ayons confiance en celle que nous invoquons tous les deux. Elle nous donnera le bonheur que nous devons avoir. Mon trésor, ma Lucienne, je te serre dans mes bras et je mets sur tes lèvres des millions de baisers. Tu as tout mon cœur, ma tendresse. Au revoir mon trésor, je t'aime.
Je t'embrasse sur ta photo et te serre tout près de mon cœur. Ton Marcel. Bonjour à tous.
Comme il a peur de trop inquiéter sa femme qui est enceinte (ma grande sœur naîtra quelques jours plus tard, le 13 septembre) il ajoute un post scriptum qui se veut rassurant !...
J'ai peur que tu le prennes trop mal. Il ne faut pas. Je m'en tirerai bien mon petit Lulu. Et puis qu'est-ce que ça sera ? J'ai confiance, je t'aime, je t'aime. Tu me connais suffisamment pour savoir tout ce que mon cœur ressens pour toi.. Je t'envoie mille baisers sur tes lèvres, tes yeux, ton front. Le Bon Dieu nous préservera de tout ce qui peut nous être funeste.
Ton Marcel chéri qui t'aime.
En souvenir de mon père, une chanson qu'il adorait et qu'il chantait d'une belle voix forte et juste à toutes les réunions de famille : le plus beau de tous les tangos du monde.