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  le blog alain Barré

le blog alain Barré

Un peu de poésie dans ce monde de brutes, un peu de réalité dans la poésie !

Publié le par alain BARRE
Publié dans : #Lectures - cinéma - citations -...

Le 4 septembre 1843, HUGO perdait sa fille Léopoldine dans des circonstances dramatiques : 

" Après avoir patienté cinq ans, Léopoldine épouse Charles Vacquerie le 15 février 1843 en l'église Saint-Paul à Paris, dans la plus stricte intimité. Le lundi matin 4 septembre de la même année, vers dix heures, Charles Vacquerie, qui séjourne à Villequier avec sa jeune épouse depuis 2 jours, embarque, en compagnie de son oncle, Pierre Vacquerie (1781-1843), ancien marin, et du fils de celui-ci, Arthur (1832-1843), âgé de douze ans, lauréat de la veille, pour se rendre chez Me Bazire, le notaire de Caudebec, à une demi-lieue de Villequier, où il avait affaire, dans un canot de course que son oncle venait de faire construire. Au moment de partir, il demanda à sa jeune femme si elle voulait les accompagner. Celle-ci refusa parce qu’elle n’était pas habillée. Les trois voyageurs se mirent en route après avoir promis d’être de retour pour le déjeuner. Quelques instants plus tard, Charles revint prendre deux lourdes pierres au bas de la maison parce que le canot n’avait pas assez de lest. Alors qu’il les met dans le bateau pour lui donner plus de solidité, sa jeune femme s’écrie : « Puisque vous voilà revenus, je vais aller avec vous ; attendez-moi cinq minutes ». On l’attend, elle monte dans le canot. Madame Vacquerie mère recommande de venir pour le déjeuner, regarde le canot s’en aller, et pense : « Il fait trop calme, ils ne pourront pas aller à la voile, nous déjeunerons trop tard ». En effet la voile du canot retombait sur le mât. Pas une feuille ne tremblait aux arbres. Cependant un léger souffle venant de temps en temps gonfler la voile, le bateau avança lentement et arriva à Caudebec, où ils se rendirent chez le notaire auquel Charles allait parler pour des affaires relatives à la succession de son père, mort dernièrement.

À Caudebec, le notaire voulut les persuader de ne pas s’en retourner par la rivière parce qu’il ne faisait pas de vent et qu’ils feraient la route trop lentement. Il leur offrit donc sa voiture pour les reconduire à Villequier. Les voyageurs refusèrent et se mirent en route pour le retour, l’oncle Vacquerie tenant la barre du gouvernail, lorsque tout à coup entre deux collines, s’éleva un tourbillon de vent1 qui, sans que rien ait pu le faire pressentir, s’abattit sur la voile, et fit brusquement chavirer le canot. Des paysans, sur la rive opposée, virent Charles reparaître sur l’eau et crier, puis plonger et disparaître puis monter et crier encore, et replonger et disparaitre six fois. Ils crurent qu’il s’amusait alors qu’il plongeait et tâchait d’arracher sa femme, qui, sous l’eau, se cramponnait désespérément au canot renversé. Charles était excellent nageur, mais Léopoldine s’accrochait comme le font les noyés, avec l’énergie du désespoir. Les efforts désespérés de Charles furent sans succès alors, voyant qu’il ne la ramènerait pas avec lui dans la vie, ne voulant pas être sauvé, il plongea une dernière fois et resta avec elle dans la mort."  (citation de Wikipedia)

Le quatrième livre des Contemplations du poète est empli du souvenir de sa fille Léopoldine....

leopoldine2.jpg

A Villequier

Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres,

Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux ;

Maintenant que je suis sous les branches des arbres,

Et que je puis songer à la beauté des cieux ;

 

Maintenant que du deuil qui m’a fait l’âme obscure

Je sors, pâle et vainqueur,

Et que je sens la paix de la grande nature

Qui m’entre dans le cœur ;

 

Maintenant que je puis, assis au bord des ondes,

Ému par ce superbe et tranquille horizon,

Examiner en moi les vérités profondes

Et regarder les fleurs qui sont dans le gazon ;

 

Maintenant, ô mon Dieu ! que j’ai ce calme sombre

De pouvoir désormais

Voir de mes yeux la pierre où je sais que dans l’ombre

Elle dort pour jamais ;

 

Maintenant qu’attendri par ces divins spectacles,

Plaines, forêts, rochers, vallons, fleuve argenté,

Voyant ma petitesse et voyant vos miracles,

Je reprends ma raison devant l’immensité (…)

      leopoldine3.jpg

Je verrai cet instant jusqu’à ce que je meure,

L’instant, pleurs superflus !

Où je criai : L’enfant que j’avais tout à l’heure,

Quoi donc ! je ne l’ai plus !

 

Ne vous irritez pas que je sois de la sorte,

Ô mon Dieu ! Cette plaie a si longtemps saigné !

L’angoisse dans mon âme est toujours la plus forte,

Et mon cœur est soumis, mais n’est pas résigné.

 

(…) quand on a vu dans sa vie, un matin,

Au milieu des ennuis, des peines, des misères,

Et de l’ombre que fait sur nous notre destin,

 

Apparaître un enfant, tête chère et sacrée,

Petit être joyeux,

Si beau, qu’on a cru voir s’ouvrir à son entrée

Une porte des cieux ;

 

Quand on a vu, seize ans, de cet autre soi-même

Croître la grâce aimable et la douce raison,

Lorsqu’on a reconnu que cet enfant qu’on aime

Fait le jour dans notre âme et dans notre maison,

 

Que c’est la seule joie ici-bas qui persiste

De tout ce qu’on rêva,

Considérez que c’est une chose bien triste

De le voir qui s’en va !

Villequier, 4 septembre 1847.

leopoldine.jpg

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