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  le blog alain Barré

le blog alain Barré

Un peu de poésie dans ce monde de brutes, un peu de réalité dans la poésie !

Publié le par alain barré
Publié dans : #ppp (Petite Psychologie de Poche

Qui n’a connu dans sa vie le chagrin ? Perte d’un être cher, père, mère, frère ou sœur, un enfant, un proche, un ami, un conjoint, un être aimé…Le chagrin peut n’être que passager. Dans la plupart des cas, il dure au moins six mois pour le deuil d’un proche, autant pour un amour. Parfois il dure plus longtemps, des années,…toute la vie… ?

 

Il est réactivé par le moindre petit évènement qui rappelle l’être cher : un couvert que l’on ne met plus à table, un lieu que l’on avait l’habitude de parcourir à deux,…Agnès Varda évoque très bien cela dans son film sur les veuves de Noirmoutier…

 

On comprend que le chagrin existe car son mécanisme se fonde sur la mémoire. Un amnésique n’éprouve pas de peine pour la perte d’un ami car il ne se souvient plus de son ami. Cela est fort bien décrit dans le récit que Gaëtane Chapelle fait du cas de André. André est devenu amnésique à la suite d’un accident. Sa mémoire sémantique (ce qu’il a appris, ses connaissances) n’est pas atteinte, sa mémoire procédurale (ses savoir-faire) non plus, mais il a perdu tous ses souvenirs et ne retient pas ce qui lui arrive, sa mémoire « épisodique » est défaillante. Quand il doit réaliser une tâche en plusieurs étapes, il oublie ce qu’il a fait au début et recommence plusieurs fois sans s’en rendre compte. Si on lui demande s’il oublie des rendez-vous, il répond que non, car il oublie qu’il oublie. Il oublie également que ses amis et sa famille lui ont rendu visite !

 

On lui a demandé s’il serait malheureux d’apprendre la mort prochaine d’un ami très cher ? En fait cela ne l’affecterait pas et il ne voit pas en quoi ses projets seraient modifiés. Ne se souvenant pas des relations positives avec cet ami, il n’imagine pas la perte affective. Son amnésie le rend donc moins sensible à ces propres malheurs et à ceux des autres. André est plutôt heureux, mais il est seul dans son bonheur.(Je précise que le cas d’André ne recouvre pas le cas de tous les amnésiques. Suivant les atteintes certains peuvent beaucoup souffrir de la perte de leur passé.)

 

La douleur, le chagrin occasionné par la perte de l’être cher sont trop forts et trop durables pour jouer un rôle positif. Souvent ils empêchent celui qui les subit de participer utilement à la vie sociale et de s’occuper de soi-même et des autres. Alors pourquoi le chagrin ? Comment l’évolution a-t-elle pu le sélectionner et le faire perdurer jusqu’à nous ? il a sûrement fallu une raison impérieuse, vitale.

 

Une hypothèse a été émise par des chercheurs en psychologie évolutionniste : Le chagrin serait l’envers de l’amour. Inutile et même nuisible une fois qu’il est déclenché. Il ne serait qu’une sorte de menace dissuasive, rappelant continuellement combien il est important, vital de prendre soin de ceux que l’on aime : enfants, conjoints, parents, amis malgré les multiples sollicitations du monde qui nous assaillent. Ce genre de dispositif doit représenter une menace terrible et implacable pour être efficace. Il est à l’image de la dissuasion nucléaire qui est faite pour ne pas être utilisée, et qui si elle l’était serait apocalyptique. Le chagrin, en somme, fait partie de ce que l’on appelle : les « dispositifs de l’apocalypse » , un dispositif de l’apocalypse interne inutile et même nuisible quand il est déclenché mais qui sert à prévenir des conséquences du manque d’amour. Etant donné sa nature, il peut donc se déclencher pour le motif ayant présidé à son élaboration, par exemple, mort d’un enfant par suite d’une négligence coupable, mais tout autant pour une perte dont toute responsabilité est exclue. Un dispositif n’a pas d’état d’âme, il est profondément injuste par nature même si l’on en admet l’utilité. Et l’on comprend que l’homme s’en prenne alors à Dieu, comme ce pauvre Job se lamentant sur son grabat !...

 

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Chris 27/10/2006 20:50

L'hypothèse est intéressante mais également paradoxale. En effet, si le chagrin est "fait" pour nous faire prendre conscience de l'importance de l'amour, il s'auto-alimente puisque nous sommes affectés par ce qui affecte l'objet de notre amour, également affectés par la perte de l'amour. Au contraire, en évitant toute forme d'attachement, le chagrin ne devrait, en théorie, ne jamais se manifester.

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