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  le blog alain Barré

le blog alain Barré

Un peu de poésie dans ce monde de brutes, un peu de réalité dans la poésie !

Publié le par alain barré
Publié dans : #ppp (Petite Psychologie de Poche

Mes collègues psy, surtout les psychanalystes, ont passé des années à expliquer que les parents étaient responsables du caractère de leurs enfants et que s’ils tournaient mal, c’était forcément de leur faute. Ainsi étaient-ils tenus pour responsables des névroses de leurs enfants mais aussi des maladies plus graves comme la schizophrénie. On sait aujourd’hui que la schizophrénie est une maladie largement déterminée par des facteurs génétiques ! Alors que transmet-on à nos enfants ? D’abord nos gènes. Ils sont responsables d’une part importante du caractère de l’enfant. D’ailleurs la première chose que la famille essaie de deviner lorsque l’enfant paraît, c’est « à qui ressemble-t’il ?» Ressemblance physique d’abord -pourtant bien difficile à deviner quelques heures après la naissance- mais très vite on interprète également les démonstrations d’humeur du petit comme étant les manifestations d’une ressemblance au père, à la mère, aux grands-parents…et tout le monde est content. L’on n’a pas tort de l’être car beaucoup de chercheurs estiment que 50 % des traits de caractères sont déterminés par les gènes que nous ont transmis nos parents. Ce qui n’est pas rien ! Pour la petite histoire, certains affirment que, en vieillissant les points communs auraient même tendance à se confirmer. Le comportement de jumeaux, séparés à la naissance et élevés dans des familles complètement différentes, donne à penser (parfois avec des coïncidences très troublantes) que ces chercheurs n’ont pas tort ! D’accord, mais il reste tout de même 50% qui sont bien la conséquence du fonctionnement de la famille ? Les choses ne sont pas aussi simples. S’il en était ainsi, les enfants de familles divorcées ou de mère célibataire seraient des victimes irrécupérables pour une vie adulte normale. Hors en cabinet, les psys justement reçoivent autant d’enfants que la vie semble avoir choyés que d’enfants qu’elle a maltraités ( Ah ! qui dira la longue plainte des filles qui se plaignent d’avoir eu une mère trop parfaite !...). Il est vrai que le divorce peut jouer un rôle ainsi que le fait d’avoir une mère célibataire, mais plutôt d’une façon indirecte : par les problèmes financiers que ces situations imposent, la fatigue supplémentaire, l’alternance des gardes et l’instabilité des repères qu’elle inflige aux enfants, etc…En dehors de ces contraintes (qui ont un certain retentissement), il n’y a pas de différences majeures entre les enfants de divorcés et les autres. Autre indice qui ne plaide pas pour une influence exclusive de la part des parents : il n’y aurait pratiquement pas plus de ressemblance entre des frères et sœurs élevés sous le même toit que pour ceux qui ont été séparés à la naissance et élevés dans des foyers différents (ils ont dans les deux cas la même part de ressemblance due à l’hérédité).Il faut donc chercher ailleurs. Une piste a été explorée en 1995 par un chercheur : SULLOWAY, qui émet l’hypothèse que le rang dans la fratrie joue un rôle. Par exemple, les aînés s’identifieraient plus aux parents, développant une personnalité plus affirmée et deviendraient, en grandissant, plus conservateurs et consciencieux. Les cadets seraient moins soumis à la tutelle parentale et plus ouverts aux expériences nouvelles. En réalité si le rang de la fratrie semble bien jouer un rôle à l’intérieur du cercle familial, ce rôle s’estompe dès que l’on en sort. Voilà peut-être une petite partie des 50% restants expliqués mais qu’en est-il du reliquat ? L’hypothèse la plus audacieuse est venue d’une marginale de la recherche, une obscure rédactrice de manuels psychologiques qui après avoir compilé des tonnes d’articles et de travaux de toutes sortes, s’est dit « mais oui, bon sang, mais c’est bien sûr… ». Elle a émis l’hypothèse qu’une grande part de la formation du caractère de nos enfants vient de l’influence de leurs pairs. Ils doivent très tôt se tailler une place parmi les autres : les frères et sœurs, mais aussi la classe, les petits camarades, la bande, le groupe… Cette obligation vitale d’intégration sociale dans le groupe a pour conséquence par exemple que, très rapidement, le chérubin n’acceptera plus de porter les vêtements que maman a choisi parce que les autres vont se moquer de lui, etc…

Cette hypothèse a choqué le petit monde des psys mais n’a pas inquiété outre mesure les parents. Si vous voulez en savoir plus vous pouvez lire le livre de Judith R. HARRIS « Pourquoi vos enfants deviennent ce qu’ils sont ? » aux éditions LAFFONT (on peut le trouver d’occasion sur le site de alapage.com). Tout ne me paraît pas convaincant dans ce qu’elle écrit et ma conviction est que l’éducation donnée par les parents n’est pas sans conséquence bien sûr, mais elles est loin d’être la seule source d’influence (comme on peut en voir l’illustration dans le superbe film d’Etienne CHATILIEZ « La vie n’est pas un long fleuve tranquille »). Il est temps que les parents se déculpabilisent un peu. Qu’on le regrette ou non, les parents sont loin d’avoir un pouvoir absolu pour modeler le caractère de leurs enfants ! Rappelons-nous que dans les siècles passés les nobles et les bourgeois ont souvent fait élever leurs enfants par des nourrices et qu’ils ne s’en occupaient que lorsqu’ils étaient déjà grandinets (Cf. Madame de Maintenon et les enfants de Louis XIV).

C’est peut-être ainsi que l’on peut comprendre le poème de Khalil GIBRAN

« …Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s'attarde avec hier… »

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