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  le blog alain Barré

le blog alain Barré

Un peu de poésie dans ce monde de brutes, un peu de réalité dans la poésie !

Publié le par alain barré
Publié dans : #alain barré

Max m'envoie sa réponse à la chronique du 22 mai 2006 "Colonisation, désastre et naïveté". Je la publie dans son intégralité aujourd'hui et j'y répondrai demain.

Je te remercie d’avoir entamé ce débat intéressant sur les bienfaits de la colonisation. J’essaierai de répondre aux points soulevés dans ton blog. Je te laisse juge de publier ou non ce commentaire en une ou plusieurs pages. Pardonne-moi si ma réponse est un peu longue, mais je profite de l’occasion car le sujet m’intéresse et je crois qu’il est important de tenir compte de l’aspect historique de cette réalité. Merci en tous cas de m’avoir permis de clarifier pour moi-même ma réflexion sur ce sujet.

Ton argumentaire tient aux points suivants:

1.Les habitants du tiers-monde ont une “envie irrépressible” d’émigrer dans les pays industrialisés.

2.Les sociétés avant d’avoir été colonisées connaissaient le crime et la guerre.

3.La domination des faibles par les forts existait avant la colonisation: ”l’injustice, les meurtres entre tribus, ce que l’on appellerait aujourd’hui la criminalité, étaient même plus importants que dans les pires de nos cités, y compris aux USA”.

4.La vie en Occident n’était agréable ni à l’époque antique quand l’esclavage existait, ni autrefois dans nos villes ou nos campagnes (dates à préciser).

Tu indiques ensuite que la colonisation a visé à “exploiter les ressources de pays vulnérables et sans industrie, comme toute guerre de conquête depuis les temps antiques” et que, de ce point de vue, elle est condamnable. Tu semble enfin sous-entendre que la violence coloniale et la violence guerrière entre nations sont de même nature.Je me permets de t’exprimer mon opinion sur ces différents points:

1.Cet argument ne reflète que l’évidence que les pauvres sont attirés par la richesse. Sur le même registre, la plupart des habitants de la Grande Bretagne ou des Pays Bas ont envie de soleil et de s’installer sur la Riviera, que cela prouve-t-il? Que le climat de ces régions est plus clément. En supposant qu’un gisement de diamants soit découvert à Maulévrier, il est probable qu’en quelques semaines, la population y dépasserait les vingt mille habitants. Cela ne prouverait rien d’autre, qu’aujourd’hui nos valeurs sont devenues pour l’essentiel économiques, financières et monétaires et que dans une échelle où le développement humain se mesure principalement en Dollars de Produit Intérieur Brut, l’émigration vers les pays industrialisés représente pour les citoyens des pays en voie de développement le principal espoir d’améliorer leur situation individuelle. En résumé, l’argument ne permet pas de conclure si l’aspiration à l’émigration est l’effet de la supériorité du modèle de société occidental ou si la colonisation et le succédané actuel sous forme de neo-colonialisme en est la cause (les structures sociales, institutionnelles et culturelles traditionnelles ont été détruites à l’occasion de la colonisation et remplacées par les structures de la puissance colonisatrice, la décolonisation ayant laissé un vide social, culturel et institutionnel jamais comblé). Dans la même veine, que prouvent les 5 millions de français qui jouent au loto chaque semaine? 

 La discussion relative à la relation bien-être/abondance de biens matériels reste ouverte. Quant à la corruption soi-disant légendaire des dirigeants de pays du Sud, je te propose d’y revenir à une autre occasion.

2.La guerre entre nations, entre états, royaumes, empires, tribus, etc., connaît toujours une fin qui se manifeste par la signature d’un traité de paix ou de cérémonies dont le résultat le plus important est la fin de la guerre. Bien qu’il y ait un vainqueur et un vaincu, la cérémonie de paix ne peut avoir lieu qu’entre adversaires se reconnaissant comme égaux, au moins pour faire la paix. Même dans le cas extrême de l’annexion définitive, les romains eux-mêmes ont fini par donner aux hommes des pays colonisés le statut de citoyens. De l’Autriche annexant la Hongrie à Napoléon annexant les royaumes européens, les pays annexés, vaincus, ont conservé leur existence en tant qu’états et le roi ou empereur vainqueur s’est fait devoir de se faire nommer monarque ou d’en nommer un.

La colonisation est une conquête d’une autre nature car on présume que le pays conquis n’appartenait à personne et son unique utilité est de constituer une ressource exploitable (terre, mines). Ce fut le cas de toutes les colonisations en Afrique, Amérique du Sud, du Nord, en Asie ou en Océanie. Les habitants furent tenus en telle quantité négligeable que, là où ils exercèrent une résistance à l’invasion, ils furent quasiment exterminés (totalement par exemple aux Caraïbes) comme en Amérique du Sud et du Nord, la traîte des esclaves ayant partiellement remédié au manque de main d’oeuvre.

La guerre entre tribus primitives, comme entre royaumes ou états de toute nature, était une guerre entre voisins jusqu’au milieu du XXe siècle. Comme telle, elle devait pouvoir être conclue par une paix. La conquête coloniale à aucun moment n’envisage de faire la paix avec le peuple ou l’état colonisé. La problématique du colonisateur est de trouver de nouvelles ressources dans un territoire où les habitants et les institutions existantes ne sont considérées que comme des inconvénients à éliminer. Le colonisateur, qu’il soit évangélisateur chrétien comme l’Espagne et le Portugal au XVe et XVIe siècles ou républicain éclairé comme nos armées coloniales de la 3e République au XIXe siècle, justifie sa conquête par le salut divin pour les uns, le progrès éclairé pour les autres. En conséquence, tout ce qui existait avant la colonisation est considéré comme non seulement sans intérêt, mais comme devant être remplacé par ce qui existe chez le colonisateur: religion, langage, institutions politiques, économie, médecine, etc. On aurait tort de s’étonner alors que, lors de l’opération de décolonisation, toutes ces fonctions sociales et culturelles essentielles au développement d’une société, qui existaient au moment de la colonisation et ont été détruites pour être remplacés par celles du colonisateur, soient défaillantes car les institutions coloniales sont basées sur un système économique de type parasitaire et probablement insoutenables pour une société qui redevient primitive au moment de la décolonisation. On peut enfin s’interroger sur les causes ayant conduit à une décolonisation généralisée dans les années 60-80: l’apparence serait d’une réalisation par les puissances coloniales de la nécessité morale de permettre l’auto-détermination, la réalité étant sans doute aussi dans une réévaluation économique du fait colonial, les Etats-Unis ayant montré après la 2e guerre mondiale comment le néo-colonialisme pouvait étre économiquement tout aussi efficace sans avoir à supporter le coût financier d’armées et d’administrations à l’échelle planétaire.

A noter (et à discuter pour plus tard) que la guerre moderne depuis le milieu du XXe siècle acquiert ce caractère nouveau (colonial?) d’une guerre qui ne se fait plus entre voisins comme la guerre du Vietnam ou d’Irak et dans laquelle le vainqueur prend soin d’installer un gouvernement de son choix, s’interdisant ainsi de pouvoir faire la paix.

3.La justification du colonialisme par la violence (à prouver dans des pays où l’histoire est entièrement orale) préexistante dans les contrées colonisées est inacceptable sauf à considérer que les peuples colonisés sont inférieurs. Si on admet l’égalité des races et des cultures on ne peut qu’admettre le droit des peuples à l’auto-détermination, y compris le cas où le régime choisi ou accepté ne paraît pas bon à l’observateur industrialisé. Une position contraire à ce principe justifierait qu’on impose au peuple français une tutelle étrangère, pour autant qu’elle offre un meilleur sytème de gouvernement. Il ne s’agit nullement d’une vision idyllique de la situation antérieure à la colonisation mais plutôt de la certitude que si on doit être dans la merde, que ce soit au moins une merde qu’on ait choisie. D’autre part, mon expérience de l’histoire et des catastrophes (désastres?) consécutifs à la mise en application des idées les plus séduisantes par des hommes généralement honnêtes au début de leur carrière politique m’invite à réfuter l’angélisme de ceux qui veulent apporter le bien, le mieux aux peuples qui souffrent.

J’ajouterai pour finir que les raisons spécieuses d’amélioration des conditions de vie, de justice et de respect de la personne humaine sont niées par la réalité juridique de la colonisation qui a toujours refusé aux peuples colonisés le statut juridique de citoyen, voire bien souvent d’être humai

 On pourrait discuter à ce propos de l’intérêt d’une évolution vers une supra-nationalité généralisée qui impliquerait l’acceptation par les peuples de principes communs de gouvernement et d’une administration supérieure de type Nations Unies qui aurait un rôle de police en vue d’éliminer les conflits entre états. Notons cependant que cela n’apparaît pas comme une éventualité prochaîne.

4.Enfin, je vois mal en quoi le fait que nous vivions mieux aujourd’hui qu’autrefois pourrait justifier l’aventure coloniale. On peut même se poser la question de savoir si notre confort matériel, puisque c’est principalement ce dont il s’agit, ne serait pas en grande partie fondé sur une exploitation de type néo-colonialiste des pays en voie de développement par les pays industrialisés, un déséquilibre considérable des termes de l’échange, une exigence à vouloir à tout prix qu’ils ouvrent leurs frontières alors que ces pays ont surtout besoin d’empêcher les rares capitaux de s’enfuir à l’étranger. A ce propos, je t’invite à lire la page suivante: http://www.neweconomics.org/gen/Britainstartseatingtheplanet160406.aspx

Malheureusement en anglais, où il nous est expliqué que la France commence à vivre sur les ressources du reste du monde à partir du 27 Juillet, Le Royaume Uni à partir du 16 Avril et ainsi de suite. Il y est aussi expliqué comment les pays industrialisés constituent le refuge des fonds résultant du pillage des ressources du tiers-monde, que ce pillage ait été le fait des citoyens de ces pays ou d’autres.

Pour résumer, tes arguments ne m’ont nullement convaincu de l’aspect positif de la colonisation. Je ne vois pas d’argument autre qu’un machiavélisme politique intégral qui justifie qu’un état prenne le pouvoir sur un autre, un peuple sur un autre, au nom de quoi? Dieu? le progrès? la raison?

Le fait que l’émigration reste à bien des égards le principal espoir de s’en sortir pour les citoyens des pays en voie de développement est en lui-même la preuve que l’espoir de développement est mince à cause d’un déséquilibre énorme des termes de l’échange, du faible prix accordé aux matières premières et de l’exigence d’ouverture d’économies qui ont besoin de barrières douanières et de contrôle des capitaux pour conserver à l’intérieur du pays les ressources financières et permettre une formation de capital initiale que les pays industrialisés ont acquise précisément grâce à un contrôle serré des mouvements financiers.

Je soutiens de plus que :

1.l’impasse dans laquelle se trouvent ces états vient le plus souvent de ce qu’ils ont été créés sans souci d’un passé, d’une culture ou d’un destin commun, mais pour des raisons tenant, soit à une commodité administrative de la puissance coloniale ou à l’histoire des luttes entre puissances coloniales se constituant ainsi des frontières entre elles. Ces frontières ayant été déclarées intangibles lors de l’indépendance, ces peuples sont en conflit perpétuel, d’autant plus violemment que le pays abrite d’importantes ressources minières ou pétrolières car ces conflits s’alimentent alors des flux financiers apportés par les compagnies étrangères.

2.Le sous-développement se constitue par la colonisation comme une appropriation des ressources physiques et économiques au profit de la puissance coloniale. Du point de vue du pays considéré, cette appropriation est au profit de l’étranger. La contrepartie de progrès apporté par la puissance coloniale est généralement limitée au confort des colons.

3.Le sous-développement se constitue par la destruction de l’agriculture traditionnelle de subsistance au profit de monocultures destinées à la puissance coloniale, donc l’étranger. Les bonnes terres font l’objet d’attribution (le plus souvent sans indemnisation autre que verroterie) aux colons. Le paysan autrefois auto-suffisant doit devenir un employé sur l’exploitation agricole coloniale.

4.Les institutions politiques sociales et culturelles sont supprimées au moment de la prise de pouvoir coloniale pour être remplacées par des institutions mises en place par la puissance coloniale. Du point de vue du pays considéré, ces institutions sont étrangères et souvent incompréhensibles car fonctionnant dans un langage étranger.

5.La destruction des croyances traditionnelles et de l’image de soi (refus de la nudité) par les missionnaires de toutes religions qui n’ont eu de cesse que les peuples convertis abandonnent leur “paganisme”. Cet abandon des croyances, s’est souvent accompagné de celui de la sagesse populaire culturelle et institutionnelle, de la tradition médicale . Le résultat en a été la destruction du lien social traditionnel, qui aujourd’hui encore n’est bien souvent pas rétabli, ce qui laisse le champ libre aux mafieux et arrivistes bénéficiant souvent de l’appui de sociétés de l’ex-métropole pour leur faciliter accès et faveurs.

6.Les institutions administratives, économiques et culturelles léguées par la puissance coloniale ne pouvaient être durable que dans le cadre d’une économie de type industriel et  ne pouvaient survivre dans une économie agricole primitive, surtout si celle-ci ne peut assurer son auto-suffisance générale, produisant principalement des mono-cultures à l’usage de l’étranger à bas prix et devant importer des produits industriels à prix élevé.

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