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  le blog alain Barré

le blog alain Barré

Un peu de poésie dans ce monde de brutes, un peu de réalité dans la poésie !

Publié le par alain barré
Publié dans : #alain barré

Michel Onfray, aujourd’hui philosophe à temps complet, auteurs de nombreux et excellents ouvrages dont un retentissant « traité d’athéologie », a été prof dans un lycée technique pendant plusieurs années. Il a essayé de faire comprendre l’intérêt de l’art moderne à ses élèves. On en trouve un bon exemple dans un ouvrage qui leur est destiné : «Antimanuel de philosophie» (éditions Bréal, 2001). Il y parle (entre autres choses) de l’art conceptuel initié par Marcel DUCHAMP en 1917, avec son célèbre urinoir. « N’importe quel objet peut devenir un objet d’art puisque c’est l’idée qui le sous-tend qui compte et la réaction du public ». Pour la petite histoire, vous pourrez lire sur le site de radio-canada ce qu’il advint, en 1993, à cette divine œuvre d’art, estimée 3 millions d’euros (il y a des plombiers qui doivent regretter de ne pas s’appeler DUCHAMP Marcel) : un visiteur du musée a pissé dedans. « J’voul’dit, madame Bouzigue, y’en a qui respecte rien !) Incontinent l’incontinent a été déféré au parquet ! bien mérité, na !

http://radio-canada.ca/arts-spectacles/PlusArts/2006/01/06/001-fontaine.asp

 

 Je pense cependant, bien que l’on puisse s’en moquer, que l’on peut reconnaître une certaine validité à cette démarche qui consiste à prendre à contre-pied le spectateur de l’art, surtout dans ce lieu sacralisé qu’est un musée. Robert TATIN (http://www.musee-robert-tatin.org ) me disait quelque chose d’assez semblable, avec des mots bien à lui, dans les années soixante. « Tu comprends, me disait-il, on a souvent des peaux de saucisson sur les yeux et le rôle des artistes c’est d’essayer de les enlever ». La métaphore était audacieuse mais assez juste, d’autant plus qu’elle ramenait la beauté, avec humour et une certaine dérision, à quelque chose de sensoriel.

Cependant sous prétexte d’enlever « les peaux de saucisson » certains n’ont plus eu qu’une seule idée en tête (c’est devenu quasiment un réflexe conditionné) trouver de l’inédit et vouloir choquer à tout prix. Excusez-moi, conceptualistes, néo conceptualistes, déconstructivistes et postmodernistes de tout poils mais on ne fait pas une œuvre d’art seulement en montrant son cul !

Hélas, il faut le reconnaître , l’art moderne, y compris dans ses meilleures réussites, est souvent plus intellectuel que sensuel. C'est-à-dire qu’il s’adresse plutôt à la raison, à la pensée discursive, même si c’est pour la prendre à contre-pied, qu’aux sens. Il y a de belles trouvailles (et nous en reparlerons si cela vous intéresse) mais le tas de déchets est énorme et j’ai envie de dire, après la visite de certains musées : « ça suffit, on a compris, c’est pas parce que c’est môche que c’est beau ! »

 

Alors, allons-nous oser poser la question qui fâche et qui hérisse le poil de tant d’artistes depuis près d’un siècle : la beauté existe-t-elle en soi ?  Pour cette forme d’art  qui cherche à raconter une histoire en image ou sculpture, à démontrer plutôt qu’à montrer, à mettre en avant les discours et la rhétorique, la réponse est Non !

Par contre, si l’on se place sur le plan des sensations et non plus des discours : de la vision, de l’audition, de la kinesthésie (pour la danse) par exemple,…la réponse me paraît être positive. Je pense qu’il existe des « canons » de beauté (terme que l’on peut prendre, à peu près dans la même acception, que lorsqu’il est utilisé par des jeunes qui s’exclament, en regardant une demoiselle : « elle est canon cette fille-là ! ») Ces canons correspondent à des règles largement partagées dans toutes les cultures. Par exemple, le nombre d’or pour l’architecture, la règle du tiers pour la photographie, la règle de symétrie pour les parties du corps, la règle des contrastes en peinture (« pour faire du clair, peint du sombre et pour faire du sombre peint du clair ») etc.…il en existe un certain nombre dont il est difficile de se passer quand on veut faire une œuvre artistique qui s’adresse plutôt aux sens qu’à la raison. Ces règles correspondent sûrement à des invariants  sélectionnés par l’évolution, au cours du développement de l’espèce humaine (ce qui expliquerait que les peintures de Lascaux ou de la grotte Chauvet déclenchent, en nous, toujours autant d’émotions aujourd’hui). Cela ne signifie pas qu’une sculpture d’un beau visage de la Grèce classique, par exemple, s’impose comme un modèle universel, mais que les règles de proportions et de symétries qui ont présidées à son élaboration sont universelles. On les retrouve effectivement dans des statues africaines, des bouddhas anciens, des statues khmères ou japonaises. Toutefois ceci n’est vrai que s’il s’agit d’un art qui vise plutôt le monde des sensations que celui des idées.

Cette forme d’art, plutôt sensuelle (on peut même dire consensuelle) qu’intellectuelle, est en danger, elle est comme une espèce en voie de disparition. Sur 14 galeries de photos visitées à München, il y a quelques semaines, j’ai vu beaucoup de prouesses techniques qui ne mettaient en scène que du vide, qui n’exprimaient que le néant. A ce qu’il paraît, c’est ce qui se vend bien pour décorer les halls des grandes sociétés : assurances et autres boutiques chics (3000 euros pour des photos de vieilles affiches déchirées où l’on voit apparaître la tête de De Villiers par exemple…mais si, mais si !…).

C’est le nouveau conformisme, le nouvel art pompier (voyez qui achète !) Il est temps qu’une nouvelle révolution esthétique, une révolution sensorielle nous remette sur nos pieds si l’on ne veut plus avoir à mettre en prison quelqu’un au motif, extraordinairement dérangeant, qu’il a pissé…dans un urinoir !

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yves le flaneur 11/03/2006 21:21

L'art de Duchamp n'est pas dans l'urinoir lui même en son époque... Il est dans - espérons le - son intuition : "Il y a en bien un qui va finir par pisser dedans"... Il est dans le clin d'oeil, à distance. L'oeuvre d'art elle attendait tranquillement son dernier coup de pinceau... Il ne reste plus qu'à attendre la dame pipi et le tour sera joué ...
..Pour le reste, tu  causes, tu causes  sur les canons.. Je ne me suis pas trop usé le ciboulot à te lire... Finalement c'est toi qui fait dans l'intellectualisme ;-)

Pouet-pouet 08/03/2006 21:47

Pas de commentaire éclairé à apporter, mais un petit bonjour en passant.J'aime bien le "c’est pas parce que c’est moche que c’est beau !" ^^

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