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  le blog alain Barré

le blog alain Barré

Un peu de poésie dans ce monde de brutes, un peu de réalité dans la poésie !

Publié le par alain barré
Publié dans : #Récits
Voici le texte intégral de la lettre présentée hier. En réalité il s'agissait bien d'une lettre du chef de l'état, pas l'actuel, un ancien, toujours très pressé lui aussi : NAPOLEON qui, entre deux "voyages" ou deux campagnes, écrivait à sa compagne presque tous les jours. Sacré Napo !

Nice, le 10 germinal

Je n'ai pas passé un jour sans t'aimer ; je n'ai pas passé une nuit sans te serrer dans mes bras ; je n'ai pas pris une tasse de thé sans maudire la gloire et l'ambition qui me tiennent éloigné de l'âme de ma vie. Au milieu des affaires, à la tête des troupes, en parcourant les camps, mon adorable Joséphine est seule dans mon coeur, occupe mon esprit, absorbe ma pensée. Si je m'éloigne de toi avec la vitesse du torrent du Rhône, c'est pour te revoir plus vite. Si, au milieu de la nuit, je me lève pour travailler, c'est que cela peut avancer de quelques jours l'arrivée de ma douce amie, et cependant, dans ta lettre du 23 au 26 ventôse, tu me traites de vous.
Vous toi-même ! Ah ! mauvaise, comment as-tu pu écrire cette lettre ! Qu'elle est froide ! Et puis, du 23 au 26, restent quatre jours ; qu'as-tu fait, puisque tu n'as pas écrit à ton mari ?... Ah ! mon amie, ce vous et ces quatre jours me font regretter mon antique indifférence. Malheur à qui en serait la cause ! Puisse-t-il, pour peine et pour supplice, éprouver ce que la conviction et l'évidence (qui servit ton ami) me feraient éprouver ! L'Enfer n'a pas de supplice ! Ni les Furies, de serpents ! Vous ! Vous ! Ah ! que sera-ce dans quinze jours ?...
Mon âme est triste ; mon coeur est esclave, et mon imagination m'effraie... Tu m'aimes moins ; tu seras consolée. Un jour, tu ne m'aimeras plus ; dis-le-moi ; je saurai au moins mériter le malheur... Adieu, femme, tourment, bonheur, espérance et âme de ma vie, que j'aime, que je crains, qui m'inspire des sentiments tendres qui m'appellent à la Nature, et des mouvements impétueux aussi volcaniques que le tonnerre. Je ne te demande ni amour éternel, ni fidélité, mais seulement... vérité, franchise sans bornes. Le jour où tu dirais «je t'aime moins» sera le dernier de ma vie. Si mon coeur était assez vil pour aimer sans retour, je le hacherais avec les dents.
Joséphine, Joséphine ! Souviens-toi de ce que je t'ai dit quelquefois : la Nature m'a fait l'âme forte et décidée. Elle t'a bâtie de dentelle et de gaze. As-tu cessé de m'aimer ? Pardon, âme de ma vie, mon âme est tendue sur de vastes combinaisons. Mon coeur, entièrement occupé par toi, a des craintes qui me rendent malheureux... Je suis ennuyé de ne pas t'appeler par ton nom. J'attends que tu me l'écrives. Adieu ! Ah ! si tu m'aimes moins, tu ne m'auras jamais aimé. Je serais alors bien à plaindre.

P.-S. - La guerre, cette année, n'est plus reconnaissable. J'ai fait donner de la viande, du pain, des fourrages ; ma cavalerie armée marchera bientôt. Mes soldats me marquent une confiance qui ne s'exprime pas ; toi seule me chagrine ; toi seule, le plaisir et le tourment de ma vie. Un baiser à tes enfants dont tu ne parles pas ! Pardi ! cela allongerait tes lettres de moitié. Les visiteurs, à dix heures du matin, n'auraient pas le plaisir de te voir. Femme !!! 

Demain, reprise du voyage en Allemagne.

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lasidonie 22/12/2007 13:21

ouh là ! je n'y crois guère pour la majorité de mes consoeurs en tout cas ! Se rappeler l'expression " conter fleurette", à elle seule elle met tout un art en valeur, art qui n'a rien de la hussarde guerrière...

alain BARRE 22/12/2007 12:37

Ce n'était évidemment pas pour tromper les lecteurs que j'ai publié cette lettre de Napoléon. La qualité du style et ce qu'elle révèle de passion m'ont étonné chez cet homme. Mais ne dit-on pas que l'art de l'amour et celui de la conquête guerrière ont des points communs ?

lasidonie 21/12/2007 20:57

Je n'ai guère "marché " dans  cette présentation, ai pensé assez vite à Napoleon ! Trop de style, trop de romantisme pour " speedy gonzalès", qui ne savoure que le lustre vite acquis, le vite fait, l'apparence, le langage tout à trac, sans fioriture, limite rap, au détriment du" rentré en soi" que nécessite une belle  lettre d'amour (Napo avait il est vrai un don extraordinaire pour cela). Et je serais surprise que le vedettariat lui laisse ce loisir !Un point commun qd même entre ces 2 hommes, l'ambition quasi démentielle à satisfaire !Bonne soirée Alain.Sido

grapheus tis 21/12/2007 14:40

La première lettre était trop bellement "écrite" pour que tu pièges le citoyen... Mais ça a failli... J'ai cru qu'elle s'adressait à Laure... nue !Belles aussi tes neiges, flottant comme oriflammes gelés.Heureusement nous arrivent les douceurs atlantiques.A. t'a-t-elle remis tes chouettes petits carnets avec leurs propositions de corrections ?

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